Topologie artisanale d’un métier

Vivre son Atelier au quotidien donne un sens au monde. Dans cet espace, tout se recrée, protégé par de solides murs de pierres.

Je vis dans une maison ancienne, près de la Porte des Cordeliers et au seuil de ce qui fût, jadis, "le Marais".

Ce lieu est resté intact, avec ses volets en chêne, devant les deux vitrines, une belle pierre de tuffeau rose et blanc, ses inscriptions en lettres noires sur la façade « depuis 1730 », un puits dans la Salle et une cheminée XVème dominée par de hautes poutres.

Dans l’Atelier, le bois s’est patiné, de siècles, de gestes, de baumes odorants ou pigmentés, et je reconstitue parfois cette autre « densité du Temps » dans la seule intensité de ce lieu « d’usage », façonné autant par l’esprit que par la main, matière vivante qui ne cesse de me transmettre en ce qu’elle est, sa force.

Ce lieu est signifiant tout autant que la Ville, Loches, qui l’entoure. J’aime que le Logis domine mon Atelier, que la rue des Ponts soit cette très belle ouverture sur le temps, par toutes ses pierres historiées…

On fonde un Atelier autant par son travail que par l’authenticité d’un lieu, pensée et implication, vecteur d’art.

L’ATELIER…

On rêve toujours sur son Atelier. C’est un peu comme jouer de l’orgue ! On est à l’intérieur de son instrument, dans cette « âme » immense qui se tisse sans heurts, se densifie de notre force, des espoirs, des joies, des complications (toujours passionnantes ! ) et des recherches.

Je travail avec le temps, l’observe, l’accompagne, en restaure les formes, les mouvements, lui redonne le son que lui doit le métal, intervient sur le bois, le bronze, le laiton, l’albâtre, l’or, le fer, aidé du feu, de mes outils, de ma loupe et de la lumière du nord, sans altération…

Chaque restauration est particulière, et le mécanisme n’est pas seul à demander des soins ; les marqueteries souffrent, les peintures aussi, certains ornements sont cassés, ou mutilés, les dorures sont blessée, les argentures disparaissent… Ailes de pignon marquées par l’usure, dents cassées, ovalisation des trous de pivots… Il faut polir (sans excès), ajuster (sans brimer), manipuler lentement, mais avec une régularité parfaite !

Chaque intervention demande une excellente appréciation des lacunes de l’Horloge, tout autant que de la logique de son concepteur, des conceptions spécifiques à chaque pays (ce qui en cas de doute sur la provenance d’un mécanisme aide à en resituer l’origine).


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